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Nature Morte 

Pour moi, mon travail s’est construit comme une double odyssée : une odyssée du vivant, mais aussi l’odyssée de mon regard porté sur lui.

Mon travail pictural s’articule autour de la représentation du vivant, et en particulier des espèces animales. Au départ, je peignais à partir de l’observation, avec la volonté de rendre visible la singularité de chaque espèce.

Petit à petit, l’animal n’est plus seulement un sujet à observer pour moi : il devient le point de départ d’une réflexion sur les systèmes qui organisent sa domination. Ma peinture cesse alors d’être un simple espace de restitution pour devenir un espace de mise en tension.

La série Nature morte illustre ce questionnement. J’y représente les animaux à travers des objets issus de la culture matérielle, réduits à des images kitsch, séduisantes et familières. Leur apparence attire, mais masque la violence et la domination qu’ils traduisent. Je cherche ainsi à créer une tension entre fascination et malaise, en confrontant le spectateur à la contradiction entre ce qu’il voit et ce qu’il comprend.

Pour moi, l’évolution de ma pratique est celle de mon regard : du plaisir pur de peindre le vivant à la conscience des systèmes qui le contrôlent et l’approprient. Mes premières œuvres cherchaient simplement à restituer la présence des espèces. Aujourd’hui, elles deviennent un outil de réflexion sur les logiques de possession qui transforment la nature et les corps en ressources exploitables. L’hyperréalisme, en insistant sur l’exactitude des formes et des textures, capte le regard et permet de percevoir ce décalage entre représentation et réalité.

Nature morte n’est pas seulement un exercice esthétique, c’est une prise de position politique. C’est pour moi une exploration des tensions entre fascination, responsabilité et destruction.

Avec ces œuvres, je propose une lecture critique des rapports entre humains et animaux, mais aussi une invitation à repenser notre relation au vivant, à reconnaître ce que nous perdons et à interroger ce que nous laissons derrière nous.

Florence Trus 2026
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